La truite

Consigne
Tu vas lire un texte de Jerome K. Jerome. Tu peux le lire à l'écran ou demander à un adulte si tu peux l'imprimer. Ensuite, choisis la ou les bonne(s) réponse(s) pour chaque question. Les questions sont présentées dans l'ordre. Tu peux parcourir le texte pour répondre.
Si tu dois écrire la réponse, ne tape que le mot qui correspond. Tu peux t'aider d'un dictionnaire et d'un Bescherelle. Après deux essais, on te fera des propositions si tu ne trouves pas la réponse tout seul.
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Titre: Trois hommes dans un bateau - Poissons et pêcheurs
Auteur: Jerome K. Jerome / traduction de Déodat Serval, 1889
Source: http://fr.wikisource.org/wiki/Trois_Hommes_dans_un_bateau/17
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Fiche de l'enseignant

Poissons et pêcheurs

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtâmes dans une petite auberge au bord de l’eau, pour nous reposer, entre autres choses.
Nous allâmes nous asseoir dans le salon. Il y avait là, fumant une longue pipe en terre, un vieux bonhomme avec lequel nous liâmes conversation.
Il nous dit que la journée avait été belle et nous lui répondîmes que la veille aussi il avait fait beau, puis nous prédîmes en chœur qu’il continuerait de faire beau le lendemain, et George ajouta que la moisson promettait d’être belle.

Après quoi, il nous arriva de dire que nous étions étrangers au pays et que nous repartions le lendemain matin.
Il s’ensuivit un silence au cours duquel nous laissâmes nos regards errer dans la pièce. Ils finirent par se poser sur une vitrine de verre poussiéreuse accrochée très haut au-dessus de la cheminée et qui contenait une truite. Cette truite me fascina tant elle était énorme. Je l’avais d’abord prise pour une morue.
– Ah! fit le vieux bonhomme, suivant la direction de mon regard, c’est une belle bête, pas vrai?
– Exceptionnelle, murmurai-je; et George demanda à notre interlocuteur s’il avait une idée de son poids.
– Dix-huit livres et demie, répondit notre ami, en se levant pour prendre son veston à la patère. Oui, poursuivit-il, cela fera seize ans le 3 du mois prochain que je l’ai pêchée. Je l’ai prise juste sous le pont avec un vairon pour appât. On m’avait dit qu’elle se trouvait par là; je m’étais promis de l’avoir, et je l’ai eue. On n’en voit plus beaucoup de cette taille à présent. Bonne nuit, messieurs, bonne nuit.
Et il sortit, nous laissant seuls.

Nous ne pûmes dès lors plus détacher nos yeux de ce poisson. C’était vraiment un beau spécimen. Nous restions là à le contempler, lorsque le voiturier des lieux, qui venait de s’arrêter à l’auberge, apparut à la porte du salon, une pinte de bière à la main, et se mit lui aussi à regarder le monstre.
– Sacrée belle truite, commença George, se tournant vers lui.
– Ah! vous pouvez le dire, monsieur, répondit l’homme. Il avala une gorgée de sa bière, puis ajouta: Vous n’étiez sans doute pas ici, messieurs, quand elle a été prise.
– Non, lui répondit-on. Nous sommes étrangers au pays.
– Ah! fit le voiturier, alors vous ne pouvez pas savoir. Cela fera bientôt cinq ans que je l’ai prise.
– Oh! c’est donc vous qui l’avez prise? demandai-je.
– Oui, monsieur, juste au-dessous de l’écluse – du moins là où était l’écluse à l'époque – un vendredi après-midi; et le plus remarquable, c’est que je l’ai prise à la mouche. J’étais allé pêcher le brochet, voyez-vous, et je ne m’attendais pas du tout à une truite. Quand je vis ce mastodonte au bout de ma ligne, j’ai failli en tomber à la renverse. Vous vous rendez compte, une truite de vingt-six livres! Bonne nuit, messieurs, bonne nuit.

Cinq minutes plus tard, un troisième individu entra et nous raconta comment il l’avait prise au petit matin, avec un minuscule barbeau pour appât. Il nous quitta à son tour et un homme d’une cinquantaine d’années à l’air grave et impassible fit son apparition dans la pièce et alla s’asseoir près de la fenêtre.
Nous restâmes silencieux un moment, mais à la fin George se tourna vers le nouveau venu et lui dit:
– Veuillez pardonner à deux étrangers du pays, et j’espère que vous excuserez la liberté que nous prenons, mon ami et moi, mais nous vous serions très obligés de nous raconter comment vous avez pris cette truite.
– Mais qui donc vous a dit que je l’avais prise? s’écria-t-il, étonné.
Nous lui répondîmes que personne ne nous l’avait dit, mais que nous avions l’intuition qu’il était l’heureux auteur de cet incomparable exploit.
«Ça alors! vous m’étonnez, jeunes gens, dit-il en riant, car, voyez-vous, vous avez deviné juste: c’est bien moi qui l’ai prise.»
Et de nous conter par le menu comment il avait bataillé pendant une demi-heure pour la ramener et comment elle avait cassé sa canne! Il ajouta qu’en rentrant chez lui, il l'avait pesée avec soin, et que la balance avait accusé trente-quatre livres.
Après qu’il fut parti, le patron entra. Nous lui rapportâmes les diverses histoires que nous avions entendues au sujet de sa truite. Il s’en amusa fort, et nous rîmes tous trois de bon cœur.
«Quels farceurs, ce Jim Bâtes et ce Joe Muggles, ce M. Jones et ce vieux Billy Maunders, d’aller vous raconter qu’ils l’ont prise! Ah! ah! ha! elle est bien bonne! s'écria le brave homme, riant de plus belle. Non, mais vous les voyez m’en faire cadeau pour l’exposer dans mon salon, si c’étaient eux qui l’avaient prise! Ah! Ah! Ah!»
Et il nous raconta la véritable histoire du poisson. Il apparaissait qu’il l’avait attrapé il y a fort longtemps, alors qu’il était encore tout gosse, et pas du tout par habileté, mais grâce à cette chance inexplicable qui semble toujours favoriser un gamin qui fait l'école buissonnière et s’en va pêcher par un après-midi ensoleillé, avec un bout de ficelle noué à l’extrémité d’une branche d’arbre.
Il nous affirma que cette truite lui avait épargné la fessée en rentrant chez lui, et que son maître d’école lui-même avait déclaré que ça valait bien la récitation de la règle de trois et les exercices réunis.
Sur ce, le patron fut demandé à l’office et il nous laissa à la contemplation de son trophée.

C’était vraiment une truite extraordinaire. Plus nous la regardions, plus elle nous émerveillait.
Elle passionnait tellement George qu’il grimpa sur une chaise pour la voir de plus près.
Mais la chaise bascula, et George se raccrocha désespérément à vitrine, qui céda et tomba avec fracas, George et la chaise avec elle.
– Tu n’as pas abîmé le poisson, au moins? m’écriai-je en me précipitant.
– J’espère que non, répondit George, se relevant avec précaution et regardant autour de lui.
Hélas! La truite gisait en mille morceaux – je dis mille, mais il n’y en avait peut-être que neuf cents. Je ne les ai pas comptés.
C’était curieux tout de même qu’une truite empaillée se brisât de cette façon.
Oui, assurément, c’eût été des plus étranges, s’il se fût agi d’une truite empaillée, mais ce n’était pas le cas.
Cette truite était en plâtre de Paris.