La vraie légende du Taubenloch

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Titre: La vraie légende du Taubenloch
Auteur: P.-O. Bessire
Source: «Horizons nouveaux», librairie de l’État de Berne, 1961
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Fiche de l'enseignant

La vraie légende du Taubenloch

La Suze, qui porte un nom si doux, n’est d’abord qu’une paisible rivière. Le long du val de Saint-Imier, bien qu’elle coure parfois d’un pas rapide, elle ne semble pas pressée. Elle s’attarde sous les saules, les frênes et les aunes qui lui font escorte, et son gentil babil se mêle au murmure de leur feuillage. Peu après La Reuchenette, où brusquement elle prend la direction du sud, elle fait une chute ; elle s’engouffre ensuite dans des gorges sauvages; dès lors ses eaux deviennent tumultueuses. De grosses pierres obstruent son lit; elle se fraye un passage en écumant. Puis, comme pour reprendre ses forces, la Suze coule lentement, et ses ondes épaisses forment de dangereux remous. Du haut des rochers, où passe la route, elle apparaît sombre et méchante. Malheur à celui qui, se penchant sur l’abîme, glisserait sur le gazon: la mort l’attend au fond du gouffre.

Non loin de l’endroit où la Suze fait une chute, sur un monticule aux formes arrondies, s’élevait au moyen-âge le château fort de Rondchâtel, qu’habitaient les seigneurs de ce nom. Au temps des Croisades, l’un d’eux, Enguerrand, qui avait à se faire pardonner quelques péchés, partit pour la Terre Sainte. Il vit Antioche, Damas, Jérusalem. Pendant six ans, il combattit les infidèles en brave chevalier et en bon chrétien. La septième année, on ne sait par quel sortilège, le Malin s’empara de son âme, et fit de lui un mécréant. Plus pervers qu’à son départ pour la Palestine, il revint en Europe, ramenant avec lui une vingtaine de Sarrasins, cruels et rapaces, dont il fit sa garde du corps et qu’il logea dans son château de Rondchâtel.

Construit avec l’assentiment du prince-évêque de Bâle, son suzerain, et avec l’aide des paysans d’alentour, ses sujets, afin de faire régner la paix et la justice dans le pays et afin d’assurer les relations commerciales entre Bienne et le Jura, ce château de Rondchâtel devint un repaire de brigands.

Oubliant sa noble mission, qui était de protéger le faible, foulant aux pieds les saints préceptes de la religion, Enguerrand, l’indigne chevalier, que secondaient ses affreux Sarrasins, se livra au vol, au pillage et aux pires violences. Il détroussait les voyageurs et les marchands, dépouillait les laboureurs, maltraitait les jeunes filles et les femmes, incarcérait dans son donjon ceux qu’il voulait rançonner, livrait aux Sarrasins ceux qu’il voulait faire disparaître.

Quand il passait dans un village, la tête haute sous son casque baissé, le corps protégé par sa cotte de mailles, suivi de sa garde sarrasine, les paysans couraient se cacher dans leurs chaumières ou dans les bois. A l’abri derrière les solides murailles de sa forteresse, il se riait des avertissements et des menaces de son souverain, le prince-évêque de Bâle:
- Je suis le maître dans ma seigneurie, disait-il; s’il me plaît d’y faire régner la terreur, c’est mon affaire.

Non loin du château de Rondchâtel s’ouvre à l’est, en face de celle d’Orvin, la petite vallée de Vauffelin, qu’on appelait alors le Val des Oiseaux. Dans le village de ce nom vivait une honnête famille de paysans, qui avait élevé plusieurs enfants et dont la cadette, Béatrice, âgée de vingt ans, était d’une beauté remarquable. Ses voisins, qui l’aimaient et l’admiraient pour son âme droite, son esprit ferme, son cœur généreux, l’avaient surnommée Petite Colombe:
- Elle est digne d’un roi, disaient-ils.

Hélas! même dans ces temps lointains, les princes n’épousaient pas les bergères. Ces aventures merveilleuses n’arrivent guère que dans les contes, et notre histoire n'en est pas un. D’ailleurs Béatrice n’était pas de ces ambitieuses qui rêvent d’un mariage au-dessus de leur condition. Avec le consentement de ses parents, elle s'était fiancée à un brave et digne garçon, Gauthier, le meunier de Boujean, ce grand village que rencontre la Suze quand, délivrée des rochers qui l’enserrent, elle coule dans la plaine, avant de se jeter dans le lac de Bienne. Le moulin de Gauthier, qu'elle animait de ses eaux, faisait un joyeux tic-tac.

Or, en ce matin de printemps lumineux, Béatrice songe à ce moulin et à son meunier, car, demain elle doit se marier. Elle attend son fiancé. Entourée de toute la maisonnée et de voisins empressés, elle revêt sa robe de noce, aussi blanche que les cerisiers en fleur dont la saveur douce-amère remplit la maison. Il ne manque plus que le fiancé.
- Le voilà qui monte la côte avec ses amis, dit un voisin.

Quelques minutes après, Gauthier, qu’accompagnaient une bonne douzaine de solides lurons, armés de gourdins, faisait son entrée, le visage rayonnant de joie.
- C’est aujourd’hui, dit-il, que notre petite colombe prend son vol; elle sera demain une jolie meunière.
- Honneur à la petite colombe ! Bonheur et longue vie à la jolie meunière! reprit l'assistance.
- Mais qu’as-tu, Béatrice? dit Gauthier, la voix chargée d’inquiétude. Te voilà toute pâle!

Béatrice, en effet, venait de défaillir; des voisins la soutenaient.
- C’est la joie, dit-elle, mais c’est aussi...
- C’est aussi ...?
- C’est aussi la crainte.
- Quelle crainte? demanda-t-il, anxieux.
- La crainte de rencontrer l’odieux Enguerrand sur notre chemin.

Gauthier pâlit à son tour. Il n’était pas sans savoir que le chevalier félon avait poursuivi Béatrice de ses assiduités. A plusieurs reprises, il l’avait invitée à le suivre au château, en lui assurant qu’il la couvrirait de bijoux et qu’il la comblerait d’honneurs. Elle avait repoussé avec horreur ces propositions malhonnêtes. Il avait proféré contre elle d’horribles menaces.
- Gauthier, reprit-elle, qu’allons-nous faire? Comment nous rendrons-nous à Boujean? La route des gorges n’est pas sûre.
- Ne serait-il pas indiqué de prendre par la forêt? dit quelqu’un.
- Ou par le sentier qui se glisse entre les rochers? fit un autre.
- Vous n’y songez pas! répliqua Gauthier avec un doux entêtement. Sommes-nous des voleurs pour fuir le chemin des honnêtes gens?
Et montrant à la ronde les jeunes gens qui l’accompagnaient:
- Rassure-toi, ma petite colombe. Si ce brigand s’avisait de nous barrer la route, il trouverait à qui parler. Nous avons là pour nous défendre des compagnons courageux. Avec leurs poings, leurs gourdins et leurs massues, ils sont capables de renvoyer en enfer, d’où ils viennent, ces démons de Sarrasins.
- A la grâce de Dieu! dit la mère.
- Buvons le verre de l’amitié! dit le père.